mercredi 14 décembre 2016

Paul Gondard à l’école des beaux-arts de Marseille

En septembre dernier, on m’a proposé l’acquisition d’un petit fonds d’archives privées liées au sculpteur marseillais Paul Gondard (1884-1953). Dans ce lot, se trouve une très belle photographie du jeune artiste, âgé de 22 ans, à l’école des beaux-arts de Marseille en 1906 (légende au dos). On le voit à côté de sa sellette sur laquelle repose un buste en terre en cours de réalisation.

Anonyme, Paul Gondard à l’école des beaux-arts de Marseille
Photographie, 1906, collection personnelle

Cette même année 1906, Paul Gondard reçoit plusieurs prix à l’école des beaux-arts, notamment le prix Cantini de la tête d’expression en sculpture doté de 100 francs... peut-être le buste de la photo. C’est également à cette époque qu’il réalise ses premières œuvres connues, les bustes de son père (1906) et de sa mère (1907) ; leurs photos sont conservées aux archives municipales de Marseille, dans un important fonds d’archives privées du sculpteur (95 ii).

Paul Gondard, Mon Père (1906) et Ma Mère (1907)
Archives municipales de Marseille, 95 ii 5

jeudi 1 décembre 2016

Jean-Baptiste Dellepiane

La fondation Regards de Provence est assurément le musée qui offre aux Marseillais la programmation la plus riche et la plus intéressante. Elle le prouve encore avec sa nouvelle exposition qui, du 7 octobre 2016 au 23 avril 2017, met à l’honneur le peintre et affichiste David Dellepiane (Gênes, 1866 – Marseille, 1932).

Affiche de l’exposition Dellepiane – arts et modernité

Je me souviens bien de l’exposition consacrée à ce peintre qui s’était tenue au palais de la Bourse en 1999 ; eh bien, l’exposition de Regards de Provence évite la simple redite. Mieux ! Elle m’a fait découvrir un sculpteur que je ne connaissais pas : Jean-Baptiste Dellepiane (Gênes, 1864 – Marseille, ?), frère de David.
Les deux garçons sont les fils de Vittorio Dellepiane, un ébéniste d’art réalisant de la sculpture sur bois pour orner les navires. Jean-Baptiste suit la voie paternelle et devient sculpteur sur bois dans l’atelier de l’ébéniste de marine Chabrol. Durant l’Entre-deux-guerres, il produit des pièces d’art, mais – à ma connaissance – ne participe à aucune exposition artistique locale ou nationale. Les sculptures exposées appartiennent à la famille de l’artiste.

Jean-Baptiste Dellepiane, David Dellepiane, buste en bois, 1933

Jean-Baptiste Dellepiane, Dolce riposo, statuette en bois, 1921

Jean-Baptiste Dellepiane, Moine en prière, statuette en bois, 1929

Addenda du 23 mars 2017 : Je me trompais. J’ai trouvé une critique du Salon aixois de 1895 où Jean-Baptiste Dellepiane expose un paravent.

La Vedette, 9 novembre 1895, p.721

vendredi 25 novembre 2016

Dénouement inattendu du monument à Gyptis et Protis

C’est au tribunal que s’est terminée l’histoire du Monument à Gyptis et Protis, ce que révèle La Marseillaise du 23 décembre 1970. Il s’agit en effet de déterminer s’il y a eu tromperie !

La Marseillaise, 23 décembre 1970

Paul Goyet, président du comité dudit monument, prend contact au début des années 1960 avec le sculpteur et peintre Jean-Charles Lallement (Paris, 1914 – Le Grau-du-Roi ?, 1970), surnommé Bacchus. Cet artiste installé au Grau-du-Roi, lauréat en 1942 du Grand  Prix de Rome de gravure en médailles, prétend alors côtoyer les géants de son temps tels Le Corbusier (1887-1965) ou Picasso (1881-1973). Or Goyet souhaite justement qu’il serve d’intermédiaire auprès du peintre catalan.
Lallement et Picasso se rencontrent en 1964, parlent de leurs travaux. Abordant au passage le Monument à Gyptis et Protis, Picasso griffonne une idée sur un bout de papier que Lallement ramène comme un trophée. Il s’autoproclame aussitôt exécuteur de la pensée du maître et le comité croit dès lors avoir engagé les services de Picasso.
Lorsque la maquette réalisée par Lallement est présentée au palais du Pharo comme étant une œuvre de Picasso, le bruit remonte jusqu’aux oreilles de celui-ci qui aussitôt dément. Le comité licencie brutalement le sculpteur parisien qui, immédiatement, riposte par une demande de dommages et intérêts à titre de préjudice.
Au final, aucun monument n’est à ce jour érigé à la gloire des fondateurs mythiques de Marseille !

mercredi 2 novembre 2016

Projet de monument à Gyptis et Protis (Pablo Picasso sculpteur)

Dès l’Entre-deux-guerres, l’idée d’un monument à Gyptis et Protis – les héros mythique de la fondation de Marseille – trottent dans les esprits. Elle se renforce après-guerre, trouvant alors écho dans la reconstruction de la cité phocéenne. Ainsi, le sculpteur Louis Botinelly (1883-1962) travaille-t-il à un tel projet au moment de sa mort. Finalement, le comité commanditaire désigne une célébrité – Pablo Picasso (1881-1873) – pour réaliser le monument. Le 16 novembre 1964, la maquette de Picasso est présentée à la presse dans le palais du Pharo : sur un socle monumental constitué de marbre pentélique s’élèvera un navire hellène, symbole des origines grecques de la ville et de commerce. Le monument doit être implanté à l’emplacement d’un des piliers de l’ancien pont transbordeur, dynamité par les Allemands le 22 août 1944

La Marseillaise, 17 novembre 1964

Il semble toutefois que Picasso se désintéresse très rapidement du projet : son nom n’est déjà plus cité dans l’article de La Marseillaise du 11 juin 1965 et les archives du Musée Picasso de Paris ne conservent aucune trace du projet. Il est probable également que le comité n’ait pas réuni les fonds nécessaires à l’érection dudit monument.

La Marseillaise, 11 juin 1965

En définitive, aucun monument à Gyptis et Protis n’est érigé à Marseille qui perd ici l’occasion de posséder une œuvre monumentale de Picasso.

lundi 24 octobre 2016

Dégradation de la fontaine Espérandieu

Le journaliste David Coquille m’interpelle sur la dégradation de la Fontaine Espérandieu qui surplombe la place Carli. Cette fontaine décore l’un des bâtiments majeurs de la ville, le palais des arts, dernière œuvre de l’architecte Henry Espérandieu (1829-1974). Pour l’historique de la fontaine, je renvoie à ma notice du 22 novembre 2009.

Lucien Chauvet & Jules Cavelier, Fontaine Espérandieu, 1868
Boulodrome du Palais des Arts, place Carli, 1er arrondissement

David Coquille désespère de son impuissance face à cette lente dégradation. Peut-être serait-il temps que les Marseillais amoureux de leur ville fassent remonter à leurs élus leur mécontentement de voir un magnifique bâtiment du centre-ville – à deux pas du commissariat central ! – si maltraité.

Addenda du 16 décembre 2016 : Victoire ! La municipalité a entendu les cris de protestation des riverains et a fait procéder au nettoyage de la fontaine Espérandieu cette semaine (du lundi 12 au jeudi 15). Elle retrouve donc sa splendeur… en espérant qu’elle ne redevienne pas, par la même occasion, une page blanche pour graffeurs !
Nettoyage de la fontaine Espérandieu, jeudi 15 décembre 2016

mardi 11 octobre 2016

Saint Yves et Saint Antoine de Padoue (Louis Castex sculpteur)

L’église Saint-Charles intra-muros est certainement l’une de mes églises marseillaise préférée pour ses proportions intimistes et son décor. On y trouve notamment deux statues en pierre dues au ciseau du sculpteur Louis Castex (1868-1954) : Saint Yves et Saint Antoine de Padoue.
Originaire de Saumur, dans le Maine-et-Loire, il est l’élève de Jules Cavelier, Ernest Barrias et Henry Maurette. Il fréquente le Salon des artistes français dès 1897 ; il y glane une médaille 3e classe et une bourse de voyage en 1898 pour son bas-relief Vision de la Vierge (n°3260), puis une médaille de 2e classe en 1910 pour un autre bas-relief (Chanteuses, n°3397). Par ailleurs, il obtient une médaille de bronze à l’Exposition universelle de 1900. Il réalise de nombreuses œuvres d’inspiration religieuse, décorant des lieux de culte prestigieux : Notre-Dame de Paris, la basilique de Fourvière, l’église Sainte-Thérèse de Lisieux…

Louis Castex, Saint Yves, statue en pierre
Église Saint-Charles intra-muros
Angle de la rue Breteuil et de la rue Grignan, 1er arrondissement

Les statues de Castex qui se trouvent dans cette église sont l’œuvre d’un don de l’avocat Auguste Rampal. La première est celle de Saint Yves, patron des avocats, prêtant serment. Il s’agit probablement de la statue exposée au Salon des artistes français de 1914 (n°3592). Un petit bas-relief cintré, en bronze doré, figurant le Jugement de saint Yves, est enchâssé dans le piédestal de la sculpture et complète l’iconographie.

Louis Castex, Jugement de Saint Yves, bas-relief en bronze doré
Église Saint-Charles intra-muros
Angle de la rue Breteuil et de la rue Grignan, 1er arrondissement

La seconde sculpture de Louis Castex représente Saint Antoine de Padoue vêtu de la bure franciscaine ; il tient l’Évangile de la main gauche et porte l’Enfant Jésus de son bras droit. Il est, entre autres, le patron des marins et des naufragés – très utile dans un grand port ! – mais aussi celui des prisonniers.

Louis Castex, Saint Antoine de Padoue, groupe en pierre
Église Saint-Charles intra-muros
Angle de la rue Breteuil et de la rue Grignan, 1er arrondissement

Les deux sculptures de Louis Castex figurent donc, dans une église située derrière le palais de justice, les protecteurs des avocats et de leurs clients. 

mardi 27 septembre 2016

Saint Jules (Alexis Pigalio sculpteur)

L’espace Villeneuve Bargemon présente actuellement – et ce jusqu’au 27 novembre – une intéressante exposition – gratuite ! – pour qui s’intéresse au patrimoine de la ville : Marseille en maquettes. On y trouve essentiellement de l’architecture. Mais quelques rares sculptures sont présentées, dont une qui m’était inconnue.

Alexis Pigalio, Saint Jules, modèle plâtre, vers 1895
Presbytère de Saint-Barnabé, 12e arrondissement

Il s’agit de la maquette – ou du modèle – d’une des trois statues qui ornent la façade de l’église Saint-Barnabé. Cette œuvre est sans doute l’une de celles que le sculpteur Alexis Pigalio (1860-1895) a exposée au Salon de l’Association des artistes marseillais de 1895 (n°311). Je suis heureux d’apprendre qu’elle est conservée au presbytère de Saint-Barnabé ; est-ce le cas des deux autres figures, Saint Pierre et Saint Barnabé ? Pour le reste, je renvoie à mes notices des 6 et 9 août 2010.

Alexis Pigalio, Saint Jules, statue pierre, 1895
Église de Saint-Barnabé, 12e arrondissement

vendredi 9 septembre 2016

Marius Cantini

La dernière fois, j’ai évoqué Jules Cantini (1826-1916). Aujourd’hui, je rends hommage à son neveu Marius Cantini (Marseille, 6 juin 1850 – Marseille, 30 septembre 1913). Il est le fils posthume du sculpteur et marbrier Pierre Cantini (1808-1850). Il effectue des études artistiques à l’école des beaux-arts de Marseille entre 1869 et 1873, interrompues un temps par la guerre franco-prussienne : il est engagé pour la campagne militaire avant d’être exempté par tirage au sort. Après ses études, il intègre la marbrerie fondée par son père et dirigée par son oncle dont il devient le bras droit. Il dirige notamment l’exploitation de carrières antiques de marbre rouge et de marbre jaune à Aïn Smara, en Algérie. Par ailleurs, il occupe la présidence de la chambre syndicale du bâtiment des Bouches-du-Rhône depuis 1885 et celle du syndicat général des industries du bâtiment à partir de 1906. En outre, il succède à son oncle à la tête de l’entreprise cette même année 1906. À ce titre, il remporte un grand prix lors de l’exposition franco-britannique de Londres, en 1908. Enfin, il est fait chevalier de la Légion d’honneur par décret du 15 juillet 1910.
Malgré ses activités industrielles, il poursuit une modeste activité de sculpteur. Deux tombes voisines au cimetière Saint-Pierre donnent la mesure de son talent.

Marius Cantini, Urne funéraire de Paul Verlaque, s.d.
Ensemble et signature (M. Cantini inv[enteur] sc[ulpteur])
Tombe Verlaque, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Marius Cantini, Jeanne, Thérèse, Joseph & Marie Roure, s.d.
Ensemble, détail et signature
Tombe Marius-César Roure, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

lundi 29 août 2016

Jules Cantini (Raymond Servian sculpteur)

Cette année correspond au centenaire de la mort du marbrier et mécène marseillais Jules Cantini (1826-1916). Apparemment, cet anniversaire n’a guère ému la cité phocéenne ; seul le Comité du Vieux-Marseille s’en est souvenu et lui a consacré une conférence. Heureusement, Céline Laforest, historienne d’art spécialiste de l’exploitation du marbre, a décidé de lui consacrer une monographie et m’a demandé de la cosigner ; la publication est prévue pour l’année prochaine.

Raymond Servian, Jules Cantini, buste, modèle plâtre, vers 1936
Réserves du musée des beaux-arts de Marseille

Raymond Servian, Jules Cantini, buste, marbre, 1936
Ensemble et signature
Hall du musée Cantini, 6e arrondissement

C’est l’occasion pour moi de présenter aujourd’hui un portrait de Jules Cantini. La commande émane de la municipalité qui souhaite installer l’effigie du bienfaiteur dans le hall du musée Cantini pour l’inauguration dudit musée, le 10 avril 1936. La commande échoit au sculpteur Raymond Servian (1903-1954), fils du critique d’art et académicien marseillais Ferdinand Servian (1861-1934). L’artiste conçoit un buste en hermès, donnant à l’œuvre une allure un peu massive. Jules Cantini porte un costume agrémenté d’une lavallière et de la rosette de la Légion d’honneur (il est nommé chevalier en 1887 et officier en 1908). 

vendredi 19 août 2016

Jean-Joseph Foucou

Cet été, le Palais Longchamp propose une très belle exposition : Marseille au XVIIIe siècle. Les années de l’Académie de peinture et de sculpture, 1753-1793. Parmi les quelques sculpteurs figurant dans l’exposition se trouve un statuaire néoclassique que j’aime particulièrement : Jean-Joseph Foucou (1739-1821). Or je me rends compte que je n’ai jamais publié la notice qui lui est consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur :

FOUCOU Jean-Joseph (Riez, 7 juin 1739 – Paris, 16 février 1821), sculpteur
Fils d’un menuisier, il montre très tôt des dispositions étonnantes en taillant du matin au soir les bouts de bois que délaisse son père. Il se forme d’abord à Marseille, à l’Académie de peinture et sculpture, puis à Paris auprès de Jean-Jacques Caffiéri. En 1769, il remporte le grand prix de Rome avec son Mucius Scaevola bravant Porsenna et part pour l’Italie : en 1774, il y sculpte un Faune en marbre (musée des beaux-arts de Marseille). Il est agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 23 août 1777 et reçu académicien le 3 juillet 1785 avec Un fleuve (marbre – musée du Louvre).

Jean-Joseph Foucou,
Bacchante portant un satyre, marbre, 1777
Faune au chevreau, marbre, 1774
Musée des beaux-arts de Marseille

Jean-Joseph Foucou, Un Fleuve, marbre, 1785
Musée du Louvre

Il expose au Salon de 1777 à 1812 : Bacchante portant un satyre (marbre, 1777 – musée des beaux-arts de Marseille), buste de Regnard-Dancourt (1779 – foyer de la Comédie française), buste de Lycurgue (1789 – jardin du Luxembourg), buste marbre de Jean Goujon (1812 – musée de Digne)… Il reçoit en outre diverses commandes comme une statue de Charles le Chauve pour l’église de Saint-Denis, une statue de Du Guesclin ainsi que les bustes du général Auguste Picot, marquis de Dampierre et du poète comique Florent Dumont pour Versailles. En Provence, il réalise quatre bas-reliefs sur la Vie de Saint Louis pour la chapelle du château Borély à son retour de Rome. Par ailleurs, les consuls de Salon lui commanditent un buste en marbre du Bailli de Suffren en 1884 dont le plâtre est exposé à Paris en 1785. En 1787, il soumissionne pour la réalisation d’une fontaine à Marseille en l’honneur du gouverneur de Provence, prince de Beauvau ; Alexandre-Charles Renaud lui est préféré mais le projet avorte. L’une de ses dernières œuvres est un buste en marbre de Pierre Puget (1816) qui orne aujourd’hui la colonne de la colline Puget à Marseille. Plusieurs musées conservent ses œuvres : à Marseille (Vénus sortant du bain, statue marbre, 1781 ; Monument à Puget, maquette terre cuite ; Saint Louis se rendant à Saint-Denis, dessin ; Saint Louis allant recevoir la couronne d’épines, dessin ; Derniers moments de Saint Louis, dessin), à Paris (Bacchante portant un satyre, réplique agrandie de la statue du Salon de 1777 – musée du Louvre), à Troyes (Auguste Picot, marquis de Dampierre, buste plâtre).

Alicia Adamczak, Jean-Joseph Foucou (à paraître fin 2016)

C’est également l’occasion pour moi d’annoncer la prochaine parution de la monographie d’Alicia Adamczak – Jean-Joseph Foucou (1739-1821). Catalogue raisonné – aux éditions Mare & Martin.

lundi 8 août 2016

La Madone de l’Unité (Ghiorgo Zafiropulo sculpteur)

Le 28 septembre 2015, l’association « Madone de l’Unité » a offert à la ville de Marseille une statue en bronze. Celle-ci a été érigée sur le parvis de l’église des Accoules où elle a été bénie par le vicaire général, le père Brunet, et inaugurée par le sénateur-maire Jean-Claude Gaudin.

Ghiorgo Zafiropulo assis dans son atelier
près du plâtre de La Madone de l’Unité
Photographie, 1979, archives Zafiropulo

Le sculpteur Ghiorgo – né Georges – Zafiropulo (Marseille, 7 juin 1909 – Pâlis, Aube, 18 août 1993) est issu de l’élite de la communauté grecque de Marseille. Sa position sociale s’ennoblit le 19 mai 1937 lorsqu’il épouse à Vienne, en Autriche, la princesse Isabella von Schönburg-Hartenstein (1901-1987). Le couple mène alors une vie cosmopolite parfois contrainte par les événements historiques (Autriche, France, Suisse, Irlande, Afrique du Sud).
Malgré un goût prononcé pour l’art sans doute hérité de son père Polybe Zafiropulo (1868-1951, grand collectionneur de faïences marseillaises du XVIIIe siècle), Ghiorgo Zafiropulo s’adonne à la sculpture tardivement, de retour du Transvaal (1947-1955) où il avait créé sans grand succès une exploitation agricole délevage. Dans les années 1960, il modèle des statuettes animalières (chevaux, taureaux) et des danseurs. À la fin des années 1970, épris de spiritualité mêlant catholicisme et bouddhisme, il se consacre à une œuvre monumentale, La Madone de l’Unité.

Ghiorgo Zafiropulo, La Madone de l’Unité, bronze, 1979/2015
Parvis de l’église des Accoules, 2e arrondissement
Ensemble et monogramme GZ du sculpteur

La Madone de l’Unité est une Vierge à l’Enfant. Les visages des deux personnages puisent leur inspiration dans le suaire de Turin, leur conférant une expression douloureuse et résignée. Le groupe repose sur un dodécaèdre de douze pentagones réguliers s’inscrivant dans une sphère, symbole platonicien de perfection : le socle évoque simultanément le nombre d’or, le ciel et la terre, et par extension la présence divine.
Le monument (Madonna dell’Unita), d’une hauteur totale de 2,10 m, est fondu en 1979 et installé dans la communauté des Focalari, à Mariapoli Loppiano, en Toscane, dans laquelle l’artiste a vécu plusieurs mois. En 1981, il fait fondre une seconde version, prenant ici le vocable de Notre-Dame de la Très Sainte Espérance, pour Saint-Étienne-de-Tinée, dans les Alpes-Maritimes.
En 2015, l’association « Madone de l’Unité » a donc commandé à la fonderie florentine Il Cesello, avec laquelle Ghiorgo Zafiropulo a travaillé, une nouvelle fonte destinée à la ville natale du sculpteur. Désormais, la statue participe à la vie spirituelle de l’église des Accoules : un jour de fête lui est même consacré, coïncidant avec celui du « Saint Nom de Marie ». Cette cérémonie avec une messe sera célébrée le samedi 17 septembre prochain, à 18 heures.

Pour en savoir plus sur Ghiorgo Zafiropulo, je vous renvoie au site de Marina Lafon, petite-nièce du sculpteur et présidente de l’association « Madone de l’Unité » : www.zafiropuloghiorgo.com

jeudi 21 juillet 2016

Pierre Reynès (Gabriel Joucla sculpteur)

Je crois que je n’étais pas entré dans le Muséum d’histoire naturelle de Marseille depuis mon enfance. Je ne regrette pas de l’avoir fait cet été car j’y ai découvert, au premier étage, un grand médaillon en marbre à la mémoire de Pierre Reynès (1829-1877). Paléontologue – il se consacre notamment à l’écriture d’une Monographie des ammonites dont la publication est en partie posthume (1867-1879) – et membre de l’Académie de Marseille (1875), Pierre Reynès dirige le Muséum du 15 août 1869 à sa mort le 4 mai 1877. C’est lui qui installe l’institution dans ses nouveaux locaux du Palais Longchamp.

Gabriel Joucla, Pierre Reynès, médaillon, marbre, 1904
Ensemble et détail
Muséum d’histoire naturelle, Palais Longchamp, 4e arrondissement

Ce monument commémoratif, daté de 1904, célèbre ici Reynès en tant que donateur du Muséum d’histoire naturelle de Marseille. Toutefois, il m’intéresse surtout pour son auteur : Gabriel Joucla. Jusqu’à peu, j’ignorais quasiment tout de la vie de cet artiste rare. Or, dernièrement, je suis tombé sur son dossier militaire. J’ai donc appris qu’il est né à Marseille le 21 novembre 1869, qu’il ne mesurait que 1m59, qu’il avait les yeux bleus et les cheveux châtain, enfin qu’il est mort pour la France à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais) le 10 juin 1915. 

jeudi 14 juillet 2016

Gustave Quinson (Léopold Bernstamm sculpteur)

Fils d’un imprimeur marseillais, Gustave Quinson naît à Marseille le 21 janvier 1868. Il s’installe à Paris où il mène une importante carrière de directeur de théâtre. Il dirige, entre autres, le Théâtre de la tour Eiffel (1902-1914), le Théâtre Grévin (1906-1909), le Théâtre du Palais-Royal (1910-1942), les Bouffes-Parisiens (1913-1929) ou la Michodière (1925-1937). Durant l’Entre-deux-guerres, il s’illustre également comme auteur de comédies et d’opérettes en collaboration avec des auteurs comme Pierre Veber, Tristan Bernard, Albert Willemetz et surtout Yves Mirande avec lequel il écrit Le Chasseur de chez Maxim’s (1920). Enfin, il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1920, puis officier en 1925.

Léopold Bernstamm, Gustave Quinson, bronze, 1909
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

En 1909, le sculpteur allemand et sujet de l’Empire russe Léopold Bernhard Bernstamm (Riga, Lettonie, 1859 – Paris, 1939) réalise son portrait en bronze. Cet artiste, établi dans la capitale française à partir de 1885, connaît la célébrité en portraiturant le tout-Paris. Il est par ailleurs l’un des sculpteurs attitrés du musée Grévin. C’est sans doute la proximité dudit musée avec le Théâtre Grévin qui permet aux deux hommes d’entrer en relation.
Gustave Quinson conserve le buste jusqu’à sa mort, survenue à Paris, le 1er août 1943. Son corps est alors rapatrié dans sa ville natale pour y être enterré ; quant au buste, il est érigé sur sa tombe.

lundi 6 juin 2016

Monument aux morts de Saint-Just / Malpassé (sculpteur inconnu)

Tous les quartiers marseillais, notamment les plus populaires, ne trouvent pas les moyens d’ériger un monument commémoratif très sculpté et spectaculaire. Certains même sont obligés de s’unir, comme Saint-Just et Malpassé, pour parvenir à leurs fins. Et encore doivent-ils compter sur les subventions publiques ! La Ville accorde ainsi au comité regroupant Saint-Just et Malpassé une aide de 500 francs (1D214, p.368, délibération du Conseil municipal du 20 septembre 1921). C’est – hélas ! – loin d’être suffisant puisque, le 21 avril 1923, le président dudit comité réclame encore au Conseil général « une subvention d’une certaine importance » pour permettre l’érection du monument.

Archives départementales des Bouches-du-Rhône 3 O 58-68
Lettre du président du comité Saint-Just / Malpassé, 21 avril 1923

Au demeurant, la Ville octroie au comité un emplacement sur la voie publique, en l’occurrence sur l’avenue de Saint-Just au niveau de l’arrêt de bus Saint-Just Raguse (1D214, p.251-252, délibération du Conseil municipal du 26 juillet 1921).
Comme souvent dans ces circonstances, la conception du monument est confiée au service de l’architecte en chef de la Ville Léonce Muller (1859-1935). Pour Saint-Just / Malpassé est imaginé un obélisque en pierre arborant un canon et un fusil entrecroisés avec un faisceau de licteur – emblème républicain – surmonté d’un casque de poilu ; au sommet se dresse un modeste coq de bronze, symbole de vigilance. De part et d’autre de l’obélisque, un mur en arc de cercle accueille les noms des enfants des deux quartiers morts pour la Patrie.

Léonce Muller ?, Projet de monument pour Saint-Just / Malpassé
30 juin 1922 © Archives municipales 613 W 386

Léonce Muller ?, Monument aux morts de Saint-Just / Malpassé, 1923
Avenue de Saint-Just, 13e arrondissement

mercredi 25 mai 2016

Monument aux morts de Sainte-Anne (Francis André sculpteur)

Comme chaque année à la même époque, j’ai moins de temps à consacrer à mon site. Du coup, j’inverse les rôles. Aujourd’hui, c’est moi qui cherche des informations : l’un de mes lecteurs m’a demandé des informations sur le Monument aux morts du quartier Sainte-Anne et je n’avais que peu de choses à lui apprendre.

Francis André, Monument aux morts, groupe pierre, 1921-1922
Place Léopold Bavarel, devant l’église Sainte-Anne
 8e arrondissement

Je sais juste que la municipalité accorde une subvention de 500 francs au comité de Sainte-Anne pour l’érection de son monument (Archives municipales 1D214, délibération du 3 juin 1921, p.40) et que ce groupe est l’œuvre du sculpteur Francis André (sur lequel je n’ai quasiment aucune information biographique). Donc, si quelqu’un possède des informations sur l’histoire de ce monument ou sur la vie de l’artiste, je suis preneur.
Ceci dit, l’iconographie représente un poilu mourant – sans doute victime d’un éclat d’obus qui a détruit la roue à ses pieds – couronné de laurier par une allégorie. Cette dernière paraît toutefois singulière car elle n’a pas l’allure traditionnelle d’une Victoire ou de la France.

lundi 2 mai 2016

Francis Warrain

J’ai vu dernièrement en vente sur Ebay une photographie du sculpteur marseillais Francis Warrain dans son atelier. C’est l’occasion pour moi d’étoffer la notice que je lui avais consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur : en effet, je n’y parlais que de son activité de sculpteur ce qui, au vu de mes connaissances actuelles, s’avère trop réducteur.

Francis Warrain dans son atelier de sculpture
Photographie, vers 1900
L’artiste est entouré de moulage ; seule la statuette en terre
sur la sellette à sa gauche semble de sa main.

Warrain Francis (Marseille, 10 octobre 1867 – Vasouy, Calvados, 24 février 1940), sculpteur
Élève de Louis Noël (1839-1925) à Paris, il expose au Salon de la Société des artistes français entre 1901 et 1923 : M. de B… (buste marbre, 1901), Mme X… (médaillon marbre, 1902), Brünhild (statue marbre, 1903 – musée des beaux-arts de Marseille), Tête d’ascète (plâtre, 1906), Sainte Cécile et les anges (petit groupe bronze, 1923). Il participe également aux expositions de la Société nationale des beaux-arts : Étude pour une Freia [sic] (bronze) et Tête de jeune fille (1907), Harpiste (statue plâtre, 1908). Par contre, il se fait rare dans sa ville natale : Freya (statuette bronze, Exposition coloniale, 1906).

Ceci étant, il convient d’ajouter que Francis Warrain appartient à la haute-bourgeoisie marseillaise à l’instar de Charles Delanglade (1870-1952) avec lequel il partage l’amour de la musique wagnérienne[1] et auquel il est apparenté : sa cousine germaine Marie Warrain (1874-1936) est en effet l’épouse du médecin Édouard Delanglade (1868-1917), frère de Charles. Francis Warrain épouse le 12 avril 1888 Alix Baillehache-Lamotte (1866-1943), issue de la noblesse normande.
Il prépare le concours de la Cour des Comptes avant de se tourner vers la sculpture. Toutefois, l’art et l’esthétique le conduisent bientôt à la philosophie, puis à la métaphysique et aux mathématiques auxquelles il consacre plusieurs ouvrages. Enfin, engagé volontaire en octobre 1914, il part au front avec le grade de lieutenant et finit la guerre capitaine, honoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur.


[1] Plusieurs sculptures en témoignent comme Brünhild ou Freya.

vendredi 8 avril 2016

Brigitte Baumas

Aujourd’hui a lieu la vente des œuvres de Marcel Damboise (1903-1992). Parmi les œuvres qui vont être dispersées se trouve un portrait de la sculptrice marseillaise Brigitte Baumas. C’est l’occasion de donner – en l’enrichissant – la petite notice que je lui ai consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur.

Marcel Damboise, Brigitte Baumas, plâtre, 1954-1956
Lot 71 de la vente Damboise

Baumas Brigitte (née à Marseille le 31 janvier 1937), sculptrice
Élève du sculpteur Louis Leygue (1905-1992) à l’École nationale supérieur des beaux-arts, elle remporte le 1er second prix de Rome en 1961 avec La Naissance du jour. Néanmoins, elle part pour l’Italie, accompagnant son compagnon André Barelier (né à Plan-de-Cuques en 1934), grand prix de Rome de sculpture cette même année. Elle l’y épouse en 1963 et en aura deux enfants : le fondeur d’art Romain Barelier (né à Rome en 1964) et la créatrice de bijoux Estelle Barelier (née à Marseille).

Brigitte Baumas, Romain Barelier, dessin

Ses sculptures intimistes traduisent souvent le quotidien tranquille des modèles dans l’atelier.

Brigitte Baumas, Femme assoupie dans un fauteuil, bronze

Brigitte Baumas, Femme au fauteuil, bronze

vendredi 1 avril 2016

Marcel Damboise

Le 8 avril prochain, le commissaire-priseur Vincent Wapler va disperser aux enchères, à l’hôtel Drouot (Paris), le fonds d’atelier du sculpteur marseillais Marcel Damboise, soit un total de 139 lots incluant sculptures et dessins. C’est l’occasion pour moi de donner ici la notice que je lui ai consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur.

Marcel Damboise, Autoportrait, plume & encre de chine, 
1980-1987
Lot 128 de la vente, 200/300 €

DAMBOISE Marcel (Marseille, 8 août 1903 – Paris, 2 février 1992), sculpteur
Issu d’une famille modeste, il fréquente l’École des Beaux-Arts de Marseille très jeune, de 1916 à 1918. La disparition de son père le pousse à entrer en apprentissage : de 1919 à sa conscription au service militaire, il apprend le métier de tailleur de pierre auprès de Louis Botinelly (1883-1962) sur les chantiers de différents monuments aux morts. En 1925, il monte à Paris, travaillant pour des marbriers et des bronziers. En 1928, il épouse la fille du peintre Georges Dorignac et devient le beau-frère des peintres André Hébuterne et Henri Epstein. Dès l’année suivante, il expose dans les Salons parisiens : aux Tuileries (Tête de femme, marbre, 1929), aux Indépendants, au Salon d’Automne (Jeune femme s’habillant, 1930 ; Figure de femme, 1931)… De 1932 à 1934, il est pensionnaire à la villa Abd-el-Tif, à Alger ; là, il exécute le Monument aux morts de Foundouk. En 1939, il est lauréat du Prix Viking. Mobilisé en 1939-1940, il incorpore le régiment "Camouflage" ; il y rencontre Jean-Louis Barrault (buste plâtre, 1940).

Marcel Damboise, Jean-Louis Barrault, plâtre, 1940
Lot 29 de la vente, 2000/2500 €

Durant cette période difficile, il reçoit néanmoins quelques commandes comme Saint Marcel (statue pierre, 1943) pour l’église Saint-Marcel de Vitry-sur-Seine. Après-guerre, de 1948 à 1954, il s’installe en Algérie où il sympathise avec Albert Camus ; plus tard, il sculpte un portrait posthume de ce dernier (buste bronze, Théâtre de l’Odéon, Paris, achat de l’État du 6 juillet 1964).

Marcel Damboise, Albert Camus, terre cuite, 1961
Lot 88 de la vente, 4000/5000 €

En 1953, il obtient le Prix de la Villa d’Este. En 1954, il est nommé professeur aux cours du soir à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, poste qu’il occupe jusqu’en 1973. Enfin, en 1963, il participe à la fondation du Groupe des Neuf. Le musée de Louviers conserve de lui un buste pierre de Rouget de l’Isle (1940) et la présidence du Conseil de la République au Palais du Luxembourg possède une statuette pierre, Femme à la draperie (1950).

Marcel Damboise, Alain adolescent, bronze, 1944-1945
Lot 37 de la vente, 8000/10000 €

Marcel Damboise, étude pour La Grande Christiane, sanguine, 1955-1960
Lot 78 de la vente, 300/400 €