dimanche 30 mars 2008

Louis Botinelly, sculpteur incontournable dans la Marseille du XXe siècle (4 et fin)

« Louis Botinelly, sculpteur incontournable dans la Marseille du XXe siècle »… Chapitre 4 (fin) :

En fait, il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour voir ressurgir quelques figures mythologiques ou allégoriques sur les façades privées. La destruction des quartiers de la rive nord du Vieux-Port en 1943 et les bombardements alliés l’année suivante imposent, il est vrai, une politique immobilière de grande ampleur sous l’égide du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Dans ce contexte, d’imposants immeubles d’habitations à bon marché s’élèvent sans négliger pour autant leur esthétique. Le 23 décembre 1949, Botinelly reçoit donc la commande des embrasures des portes d’un immeuble sis rue de la Loge, l’îlot VI du quartier portuaire. Pour l’occasion, il se fait animalier, figurant ici la vie des fonds méditerranéens et là la faune camarguaises. Au-delà de leur caractère pittoresque, ces deux décors en intaille laissent deviner la prochaine évolution stylistique de l’artiste, à savoir la taille directe.


Louis Botinelly, La Mer et La Camargue, bas-reliefs en intaille, 1951
Rue de la Loge, 2e arrondissement

Dans le même temps, il intervient sur l’îlot X voisin. À l’angle de la rue Tasso et de l’avenue Saint-Jean, cet immeuble ménage, de façon tout à fait incongrue, une plate-forme en porte-à-faux au-dessus du rez-de-chaussée. Sur cette terrasse, le statuaire appose un haut-relief qui tente d’échapper à son cadre architectural : l’œuvre est quasiment une ronde-bosse, tenant à la fois de la figure de proue et de la sculpture hiératique d’un fronton grec. La Méditerranée, les jambes étendues dans les flots, soutient à deux bras un bateau naviguant dans sa chevelure ondoyante tandis que son regard se porte au loin ; la légende inscrite en toute lettre – Et sur les flots d’azur Phocée jeta à nouveau ses nefs – renvoie au mythe fondateur de Marseille. Cette évocation des origines phocéennes fait judicieusement écho à la renaissance de la ville...

Louis Botinelly, Et sur les flots d’azur Phocée jeta à nouveau ses nefs, statue en pierre rose, 1951
Angle de la rue Tasso et de l’avenue Saint-Jean, 2e arrondissement

Mais elle annonce simultanément la disparition des décors ornementaux. Ceux-ci, en effet, marquaient habituellement des espaces fonctionnels tels que les dessus-de-porte, les soutènements de balcons, les frontons ; désormais, ils perdent leur raison d’être et ne sont plus que des œuvres d’art accrochées à un mur. La décoration de l’Immobilière des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse (aujourd’hui Cité des Associations) reflète parfaitement cette dérive : Botinelly y illustre, en 1959, les métiers du bâtiment dans douze tableautins de pierre carrés. Quasiment invisibles de l’extérieur, les reliefs s’alignent les uns après les autres sur l’intrados de l’entrée. Notons au passage que l’artiste cite plusieurs de ses œuvres antérieures dans le panneau des Sculpteurs : le buste de La France (Salon de 1950, n°1848) et La Camargue pour la rue de la Loge.

Louis Botinelly, Les Sculpteurs, bas-relief en pierre, 1959
Cité des Associations, 93 La Canebière, 1er arrondissement

En définitive, suivre Louis Botinelly sur les façades marseillaises revient à dresser un panorama de la sculpture monumentale à Marseille au XXe siècle, de la tradition des atlantes à la disparition programmée du décor, en passant par la modernité du béton ou de la taille directe.

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