dimanche 14 décembre 2008

Valentin Pignol à la Caisse d'Épargne

Hier, je n’ai pas montré de décor urbain de Valentin Pignol. Je me rattrape aujourd’hui avec des extraits de mon livre Bâtir un palais pour l’épargne, paru en 2004 pour le centenaire de l’hôtel central de la Caisse d’Épargne des Bouches-du-Rhône :

[p.54] Soudain, courant octobre, une polémique inattendue voit le jour : la presse locale annonce que Valentin Pignol, « le distingué professeur de sculpture » chargé du cours de mise au point et de moulage ainsi que de la classe de modelage pour les jeunes filles est « l’auteur des travaux importants actuellement en cours à la Caisse d’Épargne[1]. » Eugène Rostand [président de la Caisse] rectifie aussitôt la vérité ; le sculpteur lui-même publie un démenti, mais fort ambigu : « Pour le moment je n’ai aucun travail à exécuter directement à la Caisse d’Épargne[2]. » Faut-il en déduire qu’il intervient en tant que praticien ? Auprès de Pierre Rey, cela paraît peu vraisemblable ; en revanche, œuvrer pour le compte de Lombard ou de Carli semble tout à fait envisageable. Quoi qu’il en soit, cette controverse porte ses fruits : le 13 mars 1904, Valentin Pignol obtient en propre la commande d’un modèle en plâtre, destiné à la fonte, du motif d’imposte de la porte centrale et l’exécution des quatre médaillons ovales suspendus aux têtes de lions sur la façade principale du nouvel hôtel. Une somme de 670 francs lui est allouée pour ces ouvrages.
Valentin Pignol, médaillons ovales, pierre de l’Estaillade, 1904
Place Estrangin-Pastré, 6e arrondissement

[p.56] Quant aux quatre médaillons ovales présentant tour à tour une nef, un taureau furieux, un lion rugissant et un buste de Diane, ils évoquent les effigies gravées sur les antiques monnaies massaliotes.

[1] Le Soleil du Midi, 10 octobre 1903 ; Le Sémaphore de Marseille, 12 octobre 1903.
[2] Pignol Valentin, « Une rectification », Le Soleil du Midi, 13 octobre 1903.

samedi 13 décembre 2008

Valentin Pignol

Voici une autre notice biographique du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Valentin Pignol, photographie (archives famille Pignol)

Pignol Valentin (Roquevaire, 20 novembre1863 – Marseille, 2 janvier 1912), sculpteur.
Fils de cultivateurs, il étudie la sculpture auprès d’Émile Aldebert à Marseille puis aux côtés de Jules Cavelier, Ernest Barrias et Alfred Lanson à Paris. Plus tard, à son tour, il devient professeur à l’École des Beaux-Arts de Marseille : il enseigne tout d’abord la mise au point et la pratique (1898-1912), ensuite la sculpture dans la classe des jeunes filles (1903-1912). Cependant, malgré des dons indéniables, la maladie lui interdit une carrière brillante. Il expose ainsi de façon épisodique à Marseille (1898, 1899, 1901, 1908), à Toulon (1903, Amour maternel, groupe marbre – médaille d’honneur) et au Salon des artistes français (1899, 1903 – mention honorable pour Amour maternel, 1905) ; son grand haut-relief Jeunes filles au piano, exposé en 1905, est aujourd’hui conservé au musée des Beaux-Arts de Marseille. Par ailleurs, il participe au concours du Monument à Louis Salvator, remporté par Constant Roux. Il réalise quatre médaillons pour la façade de la Caisse d’Épargne de Marseille et, avec la collaboration de son élève Henri Raybaud, le Monument au Sergent Casalonga érigé à Alata, en Corse-du-Sud.

Valentin Pignol, Jeunes filles au piano, haut-relief plâtre, 1905
Réserves du musées des Beaux-Arts de Marseille, 3e arrondissement

vendredi 12 décembre 2008

Henri Raybaud

Voici une nouvelle biographie issue du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Henri Raybaud, Monument à Frédéric Chevillon, marbre
Place de la Corderie, 6e arrondissement

Raybaud Henri Charles (Marseille, 4 juin 1879 – ?), sculpteur
Élève à Paris de Thomas et Injalbert, il débute en 1904 au Salon des Artistes Français avec Le Berger et la mer (bas-relief plâtre, musée des Beaux-Arts de Marseille) qui obtient une mention honorable. Durant l’entre-deux-guerres, il réalise plusieurs monuments : Monument à Frédéric Chevillon (Allauch et Marseille), les monuments aux morts des Cadeneaux (commune des Pennes-Mirabeau, 1921) et d’Aubagne (1922), les groupes en bronze de l’escalier de la gare Saint-Charles (Les Vendanges, La Moisson, Les Fleurs, Les Fruits, La Chasse et La Pêche - 1927), Thétis (statue pierre, 1933, annexe du Palais de Justice de Marseille). Il est aussi l’auteur de plusieurs sculptures funéraires au cimetière Saint-Pierre. Il enseigne par ailleurs le modelage puis la sculpture à l’École municipale des Beaux-Arts, de 1912 à sa retraite en 1937. Le musée des Beaux-Arts de Marseille conserve de lui L’Orage (haut-relief plâtre, 1908) et Mireille.

Henry Raybaud, L’Orage, haut-relief plâtre
Réserves du musée des Beaux-Arts, 3e arrondissement

mercredi 3 décembre 2008

Joseph Luc

Voici une très courte notice de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Luc Joseph (Martigues, 14 janvier 1870 - ?), sculpteur
Élève de Cavelier, il se consacre principalement au portrait. Il expose ses œuvres dans la cité phocéenne aux expositions de l’Association des Artistes Marseillais de 1890 à 1895, dont un Autoportrait (buste plâtre) en 1893.

Joseph Luc, M. Verpillat, buste en marbre
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

jeudi 27 novembre 2008

Immeuble 1, boulevard Eugène Pierre

Pour « FM », je reproduis de larges extraits de la longue notice que mon amie Florence Marciano (autre FM) a consacré à l’immeuble du 1 boulevard Eugène Pierre pour l’exposition photographique Tête à tête qui eut lieu lors des journées du patrimoine 2007 à la préfecture des Bouches-du-Rhône :

Pan coupé du n°1 boulevard Eugène Pierre
5e arrondissement

En décembre 1846, Dominique Turcan, entrepreneur-maçon et tailleur de pierre, achète le terrain à l’angle des rues Eugène-Pierre et Devilliers pour y bâtir cinq maisons mitoyennes. Elles sont effectivement construites et terminées en 1848. Elles sont immédiatement vendues aux enchères : « cinq maisons terminées, le gros œuvre, restent les finitions. » Le cahier des charges est peu détaillé ; on sait seulement qu’elles sont en pierre de taille, mais on peut constater leur qualité et supposer dès lors que le propriétaire en est l’auteur.
La construction en elle-même est assez banale, mais la sculpture y est abondante et surtout parlante ; son rôle décoratif y est secondaire ou plutôt à prendre au second degré puisque c’est tout un discours sur le statut de l’architecte et du sculpteur qui se trouve ici illustré et même commenté.
Tout d’abord, les consoles du balcon sont un décor traditionnel, mais sont des portraits parmi lesquels on reconnaît Léonard de Vinci et Michel-Ange, figures de l’artiste complet (peintre, sculpteur, architecte). Au-dessus de ces références à la grande histoire de l’art, la frise en bas-relief dudit balcon montre paradoxalement un atelier de sculpture où le professeur est absent et la discipline inexistante : les tabourets sont renversés ainsi que les travaux en cours ; les élèves se battent (y compris à coup de maillet !). Ironiquement, au-dessus, la figure centrale d’une cariatide portant la peau du lion de Némée (symbole d’une force herculéenne) refuse de jouer son rôle et se croise les bras. L’anarchie règne partout, mais cela ne semble guère émouvoir l’« artiste statuaire » ou plutôt « ayant rêvé de l’être », accoudé au fronton dans une attitude à la fois désinvolte et rêveuse (il est en train de fumer la pipe). Ce commentaire souligne la précarité du statut de sculpteur-statuaire et représenterait la première revendication de Dominique Turcan qui n’a droit qu’au titre de tailleur de pierre. […]

Dominique Turcan ?, L’Artiste statuaire ayant rêvé de l’être et L’Atelier de sculpture
Pan coupé du n°1 boulevard Eugène Pierre, 5e arrondissement

Plus haut encore et régnant sur la façade (donc grand ordonnateur de l’architecture et de la sculpture décorative) apparaît l’architecte en buste : un homme chauve et barbu, bien mis (veste, nœud-papillon, faux-col), sorte de portrait officiel. Il est présenté comme « sachant tout faire même sans diplôme », c’est-à-dire sans formation, puisque l’école municipale de dessin qui comprend la classe d’architecture ne délivre aucun diplôme et n’a pas de cursus défini, obligatoire, mais décerne seulement des prix en fin d’année. La profession d’entrepreneur-maçon est en effet celle d’un artisan qui apprend son métier, son savoir-faire sur le tas et se trouve sans doute en concurrence avec les autres « architectes » sortant de l’école. Turcan revendique son habileté de constructeur traditionnel.

Dominique Turcan ?, Type d’architecte sachant tout faire même sans diplôme
Pan coupé du n°1 boulevard Eugène Pierre, 5e arrondissement

Pourtant, la figure dominante de l’artiste est chahutée, ridiculisée car elle est entourée de l’« artiste célèbre » et l’« artiste inconnu » ravalés au rang de petits singes savants, tradition iconographique de l’artiste qui imite au lieu d’inventer ; on pourrait les considérer comme une sorte de vanité. La seule différence entre ces deux images, triviale, étant que l’artiste célèbre, au moins, mange à sa faim…
Dominique Turcan a exprimé beaucoup de choses dans cette façade, avec beaucoup d’ironie, sur le statut de ces deux personnages importants du bâtiment, l’architecte et le sculpteur ; il a peut-être exprimé une certaine rancœur sur la non-reconnaissance et la difficulté de l’artisan, malgré une culture solide qu’il exprime diversement : portraits fouillés, référence à l’antiquité et à la Renaissance, frise en bas-relief, quasi ronde-bosse de la cariatide et même la sculpture animalière !
Un des mascarons, grimaçant, pourrait-il représenter Dominique Turcan lui-même ? Ou bien n’est-il qu’un artisan talentueux qui se moque de ces artistes que sont le statuaire et l’architecte ? Sans doute se situe-t-il à la frontière des deux mondes, celui de l’artisan (qu’il est) et celui de l’artiste (qu’il estime être ?) ; il se situe également à la lisière de deux conceptions de l’artiste : le sculpteur bohême – la période romantique étant celle de la naissance de l’artiste maudit – et de l’artiste reconnu, arrivé en Monsieur.
Cette ironie est poignante quand on sait que Turcan se trouve en faillite en septembre 1848 (période de marasme économique à Marseille) et tous ses biens vendus aux enchères. Il ne se remet pas de cette faillite : il est journalier à sa mort; quant à sa femme, elle meurt en 1871 à l’hospice de la Charité.

mercredi 26 novembre 2008

Actualité des ventes de sculpteurs marseillais sur e-bay


Ferdinand Faivre, buste féminin en terre cuite

Le 17 novembre 2008, s’est vendu pour 36,50 € un petit buste publicitaire en terre cuite pour les chaussures André signé par le sculpteur marseillais Ferdinand Faivre (1860-1937).


Constant Roux, Bœufs de labour, haut-relief en marbre jaune de Sienne

Actuellement (la mise en vente échoyant le 2 décembre prochain), un internaute propose une importante sculpture de Constant Roux (1865-1942) : il s’agit de Bœufs de labour ou du Joug, un groupe en marbre jaune de Sienne (H. 67 cm, L. 71 cm et Pr. 32 cm).
Il existe plusieurs exemplaires de cette œuvre :
1- un marbre blanc qui figura au Salon des artistes français de 1905 (n°3595) puis à l’exposition coloniale de Marseille de 1906 (section art provençal, n°1046), légué au musée des Beaux-Arts de la ville par Paul Madon en 1919.
2- une terre cuite qui figura à l’exposition de l’Académie régionale des peintres et sculpteurs provençaux qui se tint à Arles en 1924 (n°77).
Le vendeur actuel en demande cependant un prix que j’estime astronomique : mise à prix 8000 €, soit 3000 à 4000 € au-dessus d’un prix raisonnable.

Attribué à tort à Auguste Carli, buste féminin en plâtre coloré

Signature au dos dudit buste

Enfin, je tiens à signaler que toutes les sculptures signées Carli ne sont pas des œuvres d’Auguste Carli (1868-1930). Les vendeurs les lui attribuent sans remords (en se servant de mon blog comme caution dans le cas présent !) car il est le plus connu (et donc le mieux côté) des artistes portant ce nom. Le 20 novembre dernier, était proposé au prix de départ de 300 € un buste de femme en plâtre coloré. Le sujet est mièvre, pas du tout dans le style d’Auguste Carli. La signature aussi est très différente.

Deux exemples de signature authentique d’Auguste Carli
où le C souligne toujours le nom en entier.

mardi 25 novembre 2008

Antoine Sartorio

Jusqu’à présent, j’ai très peu parlé d’Antoine Sartorio. C’est un sculpteur important du XXe siècle à Marseille, mais d’autres ont déjà beaucoup écrit sur lui. De fait, je ne m’y suis jamais beaucoup intéressé. Toutefois, comme j’ai remanié sa notice dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur, je vous la communique :

Sartorio Antoine (Menton, Alpes-Maritimes, 27 janvier 1885 – Jouques, Bouches-du-Rhône, 19 février 1988), sculpteur
Élève d’Injalbert et Hannaux, il expose au Salon des Artistes Français à partir de 1911. Il y obtient plusieurs récompenses : médaille de 3e classe en 1911 (Les Ilotes, haut-relief plâtre, déjà prix Chenavard à l’École des Beaux-Arts de Paris cette même année), bourse de voyage en 1920 (Faune et bacchante, groupe marbre), médaille d’argent en 1934 (Centaure et centauresse, groupe plâtre). En 1937, il reçoit un diplôme d’honneur à l’Exposition Internationale de Paris pour Prométhée et Le Feu. Par ailleurs, il est chevalier de la Légion d’honneur depuis 1926. Très lié à l’architecte marseillais Gaston Castel depuis l’École des Beaux-Arts, il collabore aux différents monuments ou édifices qu’érige ce dernier : Monument des Andradas (Santos, Brésil, 1922 ), attique de l’Opéra de Marseille (1924), Monument de l’Armée d’Orient (Marseille, 1927), pont de Cavaillon (La Méditerranée et La Durance, 1932), annexe du Palais de Justice (Marseille, 1933), Monument à Alexandre 1er de Yougoslavie et Louis Barthou (Marseille, 1938), la prison des Baumettes (Les sept péchés capitaux, Marseille, 1938)… D’autre part, il exécute quelques monuments aux morts tels ceux de Tournon-sur-Rhône (1922) ou de Menton (1928) ainsi que d’importants décors comme le Palais de la Méditerranée (Nice, 1929) ou L’Afrique pour le Palais de Chaillot (1937). Après la seconde Guerre mondiale, il réalise plusieurs sculptures pour des lycées : Le Rythme (lycée Tolbiac, Paris, 1950), Vers l’espace (lycée Marseilleveyre, Marseille, 1956), Athéna (lycée Périer, Marseille, 1958). De 1962 à 1966, il se consacre à la restauration de la cathédrale de Reims (Le Baptême de Clovis). En 1967, il quitte son atelier parisien et se retire à Jouques. En 1980, l’Académie de Marseille lui décerne le prix Jean Roque, célébrant une longue carrière.

Antoine Sartorio, La Gourmandise, bas-relief pierre, 1938
Prison des Baumettes, 12e arrondissement
Dans la vie de tous les jours, la gourmandise est certainement mon péché préféré. Sartorio en donne une vision originale en l’illustrant par l’alcoolisme, un fléau autrement plus dévastateur.

Bibl. : Ménard-Kiener (Violaine), Antoine Sartorio, sculpteur des corps et des âmes, Millau, 1996.

mardi 11 novembre 2008

Marius Ramus

Nouvelle notice issue du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Ramus Joseph Marius (Aix-en-Provence, 19 juin 1805 – Nogent-sur-Seine, Aube, 3 juin 1888), sculpteur
Élève de Clérian à Aix, puis de Cortot à Paris, il remporte un 2nd Prix de Rome en 1830 avec Thésée vainqueur du Minotaure (bas-relief plâtre, musée Granet). Cette même année, il débute au Salon où il figure jusqu’en 1887. Il y remporte quelques succès : médaille de 2e classe en 1831 (Le Comte de Forbin, directeur général des musées et protecteur du sculpteur, buste plâtre – musée Granet), médaille de 1ère classe en 1839 (Céphale et Procris, groupe marbre ; Melle…, buste marbre). Il obtient de plus une mention honorable à l’Exposition Universelle de 1855. Au demeurant, il est chevalier de la Légion d’honneur depuis 1852. Il reçoit de très nombreuses commandes publiques : Portalis (statue marbre, Salle des Séances au Sénat), Anne d’Autriche (statue marbre, Jardin du Luxembourg), Saint Jean (statue marbre, église Saint-Étienne-du-Mont, Paris), Didon (statue, Cour du Louvre), Gassendi (statue bronze, Digne), Pierre Puget (statue marbre, parc Borély, Marseille), Mgr de Belsunce (statue bronze, Marseille). Il collabore par ailleurs à de nombreux édifices : Fontaine de la Rotonde (La Justice) et Palais de Justice (Portalis et Siméon, statues marbre) à Aix, Notre-Dame-de-la-Garde (Eugène de Mazenod et Pie X, statues marbre) et Palais de Justice (La Prudence et La Force, hauts-reliefs pierre) à Marseille. À la fin du Second Empire, son art est contesté à Marseille : on lui reproche d’avoir plus de relations que de talent et un style néoclassique dépassé. Il quitte alors la Provence et s’établit à Nogent-sur-Marne où il finit son existence.

Marius Ramus, Pierre Puget, statue marbre, 1855
Parc Borély, 8e arrondissement
(la statue est comparée à un bourreau exhibant une tête tranchée)

Marius Ramus, La Force, statue pierre, 1862
Palais de Justice, 6e arrondissement
(la statue fait scandale par sa lourdeur, comparée au reste du décor)

Son œuvre est bien représentée dans les musées des Beaux-Arts français : à Aix-en-Provence (Colère mêlée de mépris, tête d’expression plâtre, 1829 ; Les Niobides, bas-relief plâtre, 1829 ; Louis-Mathurin Clérian, buste plâtre, 1830 ; Daphnis et Chloé, groupe plâtre, 1834 ; Vauvenargues, buste marbre, 1834 ; Adolphe Thiers, buste marbre, 1839 ; François Marius Granet, buste marbre, 1839 ; Mgr Pie Chalandon, buste marbre, 1861 ; Le Pêcheur jetant l’épervier, statue marbre, 1872 ; Autoportrait, buste marbre, 1885), à Marseille (Première pensée d’amour, statue marbre, 1845 ; Le Vicomte de Suleau, sénateur, ancien préfet des Bouches-du-Rhône, buste marbre, 1853), à Paris (Le Comte de Forbin, buste marbre, 1853 – musée du Louvre) ; à Rouen (Frédéric Bérat, buste), à Troyes (David combattant Goliath, statue marbre ; Idylle, groupe plâtre ; Casimir Perrier, buste plâtre, 1876 ; Adolphe Thiers, buste marbre, 1879), Versailles (Jean de La Fontaine, buste marbre ; Henri de Bauffremont, marquis de Senecey, maréchal des camps et armées du roi, plâtre).

mercredi 22 octobre 2008

Louis Camoin

Je profite de la présence au Village des antiquaires de Fifi Turin (http://www.fifiturin.fr/) d’un buste en marbre par Louis Camoin pour vous donner la courte notice que je lui ai consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :


Louis Camoin, Mai, buste en marbre, 1900
(titré, signé et daté au dos)
Village des antiquaires de Fifi Turin, bd Fifi Turin, 10e arrondissement
Camoin Louis (Marseille, 2 juin 1874 – ?), sculpteur
Élève de Thomas et Injalbert à Paris, il présente des portraits en buste aux expositions de l’Association des Artistes Marseillais de 1897 à 1899 : Mme A. G. et M. L. Espinos (1897), Jeune fille et Tête de Vieillard, étude (1898), Th. Ralli-Scaramanga et Gisèle (1899). De plus, il envoie une statue en plâtre, David accroupi guettant Goliath, au Salon des artistes français de 1899.

mardi 14 octobre 2008

Info people de 1907

J’ai trouvé un entrefilet sur Constant Roux dans Le Petit Journal, lundi 23 septembre 1907. Comme je le trouve amusant, je vous le communique.

Le sculpteur Constant Roux blessé en tombant de bicyclette
Le statuaire Constant Roux, qui passait hier à bicyclette sur la place de l’Observatoire, est tombé de machine et s’est fracturé la cuisse [sic]. Il a été admis à l’hôpital Cochin.
M. Constant Roux, prix de Rome en 1894, avait obtenu une médaille de 2e classe au Salon de 1902. Il a exposé cette année au Salon des artistes français un groupe : Les Convalescents, monument en pierre et marbre, élevé à L. Salvator, bienfaiteur des hospices, et un bas-relief en plâtre : L’Eau et le Feu.

Constant Roux, Les Convalescents, monument en marbre et pierre, 1907
Photographie au Salon de 1907 dédicacée par l’artiste
collection personnelle
Le monument se trouve aujourd’hui dans le parc de l’hôpital Salvator
(9e arrondissement de Marseille)

J’avais eu l’occasion de parler de cet accident de vélo dans mon article « Constant Roux (1865-1942), un sculpteur à la cour du prince Albert 1er de Monaco » (Annales monégasques, n°27, 2003, p.185). Voilà ce que j’en disais à l’époque :

Hélas, un accident survenu à l’automne interrompt l’ouvrage en cours : le sculpteur se casse le col du fémur, ce qui l’immobilise de longs mois. Après un séjour prolongé à l’hôpital Cochin, le prince de Monaco, par le biais de Louis Mayer, l’invite pour sa convalescence en Principauté. Parti pour trois semaines en janvier 1908, il y demeure jusque début août1.

1 Archives du Palais de Monaco C712 : lettres de Constant Roux au prince Albert 1er du 31 décembre 1907 et du 31 juillet 1908 ; Archives Nationales F/21/4267, dossier Constant Roux, sous-dossier Poussin : lettre de Constant Roux au Sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts du 3 février 1908.

jeudi 9 octobre 2008

Charles Delanglade

Aujourd’hui je vous donne une notice qui n’est pas issue du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur mais de Bâtir un palais pour l’épargne :

Charles Delanglade (Marseille, 26 mai 1870 – Marseille, 19 janvier 1952), sculpteur
- Élève d’Émile Aldebert à Marseille ; de Jules Cavelier, Ernest Barrias et Alfred Lanson à Paris
- Récompense : mention honorable au Salon des artistes français de 1910
- Honneurs : membre du Comité régional des arts appliqués de Marseille (1916-1936) ; membre de l’Académie de Marseille (1918) ; président de l’Exposition catholique de Marseille (1935)

Charles Delanglade, photographie publiée dans Dictionnaire biographique des Bouches-du-Rhône, Paris, 1901, p.356

Constant Roux, Charles Delanglade, buste en plâtre teinté exposé au Salon des artistes français de 1931 (n°3942) – collection personnelle

Charles Delanglade est le fils de notables phocéens ; sa fortune lui permet de sculpter en dilettante et non pour vivre. S’il expose peu au Salon des artistes français (1895, 1897, 1900, 1910), il est très présent au Salon marseillais entre 1894 et 1922. Il y montre une production variée : des portraits, des médailles, des bibelots d’art en argent, en ivoire, en bois précieux, en bronze doré ou en marbre, des faïences et des grès… Ces derniers matériaux l’intéressent d’ailleurs au plus haut point : il crée ainsi trois fabriques de céramiques entre 1898 et 1920, relançant de fait cette production en provence.

Charles Delanglade, Vase aux chardons, céramique irisée
passée sur le marchée de l’art en 2008

lundi 6 octobre 2008

Salomon Laugier

Je vous livre une nouvelle biographie de sculpteur marseillais issue de mon livre Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Laugier Marius François dit Salomon (Marseille, 3 avril 1835 – Marseille, 31 janvier 1890), sculpteur
Élève de l’École des Beaux-Arts de Marseille, il obtient une bourse municipale pour poursuivre ses études à Paris dans l’atelier de Jouffroy, puis pour un séjour en Italie. Il expose à Marseille, essentiellement des portraits (1861, 1862 – M. C. L… [Charles Laugier, père de l’artiste], buste plâtre, et M. J. Rave [peintre], médaillon marbre –, 1863, 1866, 1877). Il participe cinq fois au Salon parisien entre 1866 et 1879. Le jury lui refuse une récompense en 1868 parce que certaines parties de son Pêcheur catalan pris par une pieuvre sont moulées d’après nature. Son groupe de Lutteurs, exposé en plâtre au Salon de 1879, a été fondu en bronze (Museum of Fine Arts, Springfield, Massachusetts, USA). Par ailleurs, il collabore à la décoration de l’École des Beaux-Arts-Bibliothèque de Marseille (buste de François 1er et médaillon de Pierre de Tournefort, 1870) ; par contre, il n’honore pas la confiance de la Ville en abandonnant la commande de deux statues et d’un bas-relief pour la façade de l’église Saint-Cannat (1870).

Salomon Laugier, François 1er, buste marbre, 1870
Palais des Arts, 1er arrondissement

Salomon Laugier, Théodore Bernex, buste plâtre, 1866
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

vendredi 26 septembre 2008

Marius Barneaud

Aujourd’hui je vous communique une courte notice que j’ai écrite pour le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur. Je ne sais pas grand chose de ce sculpteur, mais ses œuvres sont de qualité :

Barneaud Marius (Marseille, XIXe), sculpteur
Il expose à Marseille entre 1865 et 1869 aux expositions de la Société Artistique des Bouches-du-Rhône : L’Enlèvement (bas-relief, 1865), Le Roi David (statuette en bronze doré, 1866), L’Homme au fil de plomb (plâtre) et Charlemagne (modèle d’un buste destiné à la façade de l’École des Beaux-Arts – Bibliothèque) en 1867, Vierge à l’Enfant (1869). Il est également l’auteur de deux cariatides, 64 avenue du Prado.

Marius Barneaud, Charlemagne, buste marbre, 1870
Palais des Arts, place Carli, 1er arrondissement

Marius Barneaud, Cariatide, pierre, s.d.
64, avenue du Prado, 8e arrondissement

lundi 15 septembre 2008

Vente du fond d'atelier Aldebert en 1924

Le 4 septembre dernier, j’ai acheté dans une librairie le petit catalogue de vente de l’atelier du sculpteur Émile Aldebert. Ce sculpteur installé à Marseille est mort le 7 mars 1924 à l’âge de 96 ans. Dès le mois d’avril suivant, une vente disperse en deux vacations le fond d’atelier et ses collections. La 1ère vente du mardi 2 avril 1924 concerne les sculptures d’Aldebert (terres cuites, marbres et plâtres) ; la 2nde vente du mercredi 3 avril concerne des peintures de ses contemporains, des peintures d’écoles anciennes et des œuvres picturales (peintures, aquarelles, dessins) d’Aldebert.
Je vous mets le catalogue en ligne :

lundi 8 septembre 2008

Berthe Girardet

Pour la réédition de Marseillaises, 26 siècles d’histoire, j’ai rédigé deux nouvelles notices dont celle de Berthe Girardet. En fait, j’ai repris celle écrite pour le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur et l’ai développée. La voici :

Girardet Berthe, née Imer (Marseille 08.04.1861 – Neuilly-sur-Seine 06.12.1948)

Sculpteur, elle a pour parents Charles Gustave Imer, riche négociant d’origine suisse installé à Marseille, et Hélène Rogers, fille d’un négociant américain implanté à Naples. Elle se forme à la sculpture dans l’atelier d’Émile Aldebert avant de compléter brièvement – trois mois ! – sa formation artistique à Paris auprès d’Antonin Carlès.
Elle expose ses œuvres sous son nom de jeune fille jusqu’à son mariage en 1893 avec le peintre-graveur suisse Paul Girardet (1859-1915). Elle présente ainsi, de 1890 à 1893, des bustes aux expositions de l’Association des artistes marseillais. Parallèlement, à Paris, elle figure au Salon des artistes français auquel elle demeure fidèle jusqu’en 1944 ; elle y obtient une mention honorable en 1901. Elle paraît également au Salon d’automne (1904) et à l’Union des femmes peintres et sculpteurs (1928). Lors de l’Exposition universelle de 1900, elle exhibe trois de ses œuvres dans la section helvète et reçoit une médaille d’or. En février 1925, la galerie parisienne Jean Charpentier lui consacre une importante exposition rétrospective (31 pièces) ; elle partage alors cet espace avec son gendre Luc Lanel (1893-1965), orfèvre chez Christofle et céramiste.
Son œuvre se compose principalement de portraits (Paul Girardet, 1894 – musée de Neufchâtel ; Mes enfants, 1901 ; la décoratrice Arlette Vogue, 1929…) et de types (Pêcheur du Tréport, 1891 ; Le Torero, 1897 ; La Vieille, vers 1900 – musée de Neufchâtel…) ainsi que de scènes de genre (La Veille de Noël, 1898 ; La Convoitise, 1904 ; La Maternelle, 1908 – collection de la Ville de Paris, dépôt d’Ivry…). Si elle réalise quelques sculptures en pied, elle se spécialise surtout dans les groupes à mi-corps : La Bénédiction de l’aïeule, 1902 ; L’Enfant malade, 1904 – collection de la Ville de Paris, dépôt d’Ivry ; Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, 1913 – The Detroit Institut of Art, USA... Après la première Guerre mondiale dans laquelle disparaît son fils aviateur, la commémoration des victimes du conflit (À l’hôpital pendant la grande Guerre, 1919 ; Aux héros inconnus, 1923 – ossuaire de Douaumont…) et la religion (Vierge douloureuse des pays dévastés, 1921 ; Sainte Thérèse de l’enfant Jésus, 1927…) occupent une part important de sa production même si, dans la même période, elle réalise pour la Ville de Marseille un bas-relief intitulé Sérénité (1933 – allée Ray Grassi). Enfin, soucieuse de l’édition de ses œuvres, elle collabore entre autres avec les manufactures de Sèvres et de Charenton (biscuit, grès polychrome) ainsi que la maison Christofle (bronze galvanisé).

Berthe Girardet, Aux héros inconnus (dit aussi Le Silence ou La Résignation), terme en pierre, 1923
Ossuaire de Douaumont, Meuse

jeudi 4 septembre 2008

Fabienne Bérengier

Une nouvelle notice de Marseillaises, 26 siècles d’histoire, version 1999 :

L'atelier de Fabienne Bérengier, vers 1938

Bérengier Fabienne (Marseille 25.5.1900-Marseille 25.5.1975)

Dernière représentante d’une famille d’artistes (architectes dont son grand-père Pierre-Marius [église Saint-Michel-Archange] et son père Paul, peintres, graveurs et sculpteurs) qui travaillent à Marseille durant tout le XIXe siècle, Fabienne Bérengier entre à l’école des beaux-arts de la Ville en octobre 1917 pour apprendre la sculpture. Elle suit alors les cours de dessin professés par Marie Magaud ainsi que ceux de modelage sous la férule de Henri Raybaud. Douée, elle obtient dès 1918 le prix Cantini, premier d’une longue liste. Elle reçoit ainsi la bourse Aletti-Dumoulin décerné par la Société des Beaux-Arts de France et d’Outremer qui lui permet de découvrir l’Afrique du Nord, contrée qui la marque profondément.
Très tôt, la Chambre de Commerce fait appel à son talent, déjà manifeste, afin d’illustrer par des figures grandeur nature des scènes de vie quotidienne, notamment pour le palais de l’Afrique Occidentale à l’exposition coloniale de 1922. La sculpture ethnographique occupe d’ailleurs une place importante dans son œuvre (Antillaise, Jeune Soudanaise, statues bronze ; Potier arabe, statuette terre cuite...). Par ailleurs, fidèle à une foi religieuse héritée d’une famille très pieuse, elle met son talent au service de l’Église. Elle décore, en collaboration avec l’artiste peintre Marguerite Allar (cachet Atelier Allar-Bérengier sur les sculptures en terre cuite), la chapelle Saint-Lucien aux Goudes ; elle réalise le monumental Saint Jean Eudes pour l’église du Sacré-Cœur de Marseille. En 1935, un Saint François d’Assise la représente à l’exposition catholique. Pour autant, elle ne néglige pas la commande privée et peut sculpter, avec autant de passion, une Ondine pour une pièce d’eau du château de Calas ou un Faune pour un jardin à Éguilles.
Fabienne Bérengier participe régulièrement au Salon de la Société des Artistes Français à Paris et aux expositions des Artistes Provençaux. Plus rarement, elle montre ses sculptures dans des galeries : chez Jouvène en 1934, avec Marguerite Allar, et en 1956, avec Louis Audibert, ou bien chez Sauveur Stammegna en 1970 et 1974. De nombreuses récompenses jalonnent sa carrière. En 1941, elle est gratifiée du 1er prix des Traditions Occitanes avec la statuette d’un Gardian. En 1954, elle obtient le 1er prix du Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Enfin, en 1971, le prix Gontard et Desplaux rend un ultime hommage à son œuvre sobre mais si expressive.

lundi 1 septembre 2008

Henriette Étienne-Albrand

En 1999, j’ai collaboré au dictionnaire Marseillaises, 26 siècles d’histoire, ma première publication. Il se trouve que cet ouvrage va être réédité l’année prochaine, riche de nouvelles notices. Pour la première édition, j’avais rédigé six notices auxquelles s’ajouteront bientôt deux autres. Comme certaines évoquent des sculptures ou des sculptrices, j’ai décidé de vous en faire part :

Albrand Henriette, née Étienne (Marseille 30.10.1821-Marseille 30.05.1907)
Mécène.
Fille d’un armateur, Joseph Étienne, et veuve d’un docteur en médecine, Louis Albrand, Henriette Étienne-Albrand connaît une aisance financière confortable dont elle use, à la fin de sa vie, afin de promouvoir les arts.
En 1901-1902, elle fait construire par Frédéric Lombard un petit hôtel sur l’avenue du Prado, au n°84 (aujourd’hui le n°130) : la fondation Étienne-Albrand. L’édifice, dès lors, accueille, selon les souhaits de la donatrice, le siège de la Société des Architectes des Bouches-du-Rhône et les expositions d’art industriel ou d’art décoratif que cette dernière organise. D’ailleurs, l’iconographie de la façade est entièrement vouée à l’architecture. De plus, Henriette Étienne-Albrand crée un prix annuel de 500 francs destiné au lauréat d’un concours ouvert aux élèves architectes et architectes de moins de 28 ans du département.
En 1904, elle désire, à la fois, commémorer le souvenir de son père et embellir sa ville natale. Elle commande alors au sculpteur Auguste Carli un projet de fontaine, Le Triomphe d’Amphitrite, pour la place Dumarsais, aujourd’hui place Joseph Étienne. D’un projet en marbre et bronze, on évolue rapidement vers un groupe complètement en marbre de Carrare ; le mécène y investit ainsi 50 000 francs. La fontaine, inaugurée en 1906, se compose sur deux registres. Au sommet, la déesse de la mer apaise les flots tandis qu’un triton sonne dans sa conque la volonté d’Amphitrite. Le piédestal, quant à lui, présente quatre rostres de navires dont les noms sont inscrits dans un cartouche (Le Cèdre, La Clarisse Louise, Le Goéland, Le Nicolas Étienne Jeune), possessions de l’armateur célébré. Ce don diffère des fontaines offertes par d’autres Marseillais (fontaine Estrangin, 1890 ; fontaine Cantini, 1911) par son emplacement dans un quartier populaire.

Auguste Carli, Le Triomphe d’Amphitrite, fontaine en marbre, 1906
Place Joseph Étienne, 7e arrondissement

vendredi 29 août 2008

François Mourgues

Voici une nouvelle notice biographique issue du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Mourgues François (Marseille, 21 septembre 1884 – ?, 1954), sculpteur
Boursier de la ville de Marseille en 1905, il entre dans l’atelier de Jules Coutan. En 1907, il participe au concours du Monument à Louis Salvator, remporté par Constant Roux. Il expose au Salon des Artistes Français à partir de 1913. Il y obtient des médailles en 1920 (Ch. Méré, auteur de la Captive, buste plâtre, et 11 novembre 1918, fin d’Empire) et en 1926 (Sur les ruines, statue pierre). Il est l’auteur de monuments aux morts : Crouy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne, 1922), Vertus (Marne, 1923) et de sculptures funéraires (tombe C. Ruffier des Aimes, cimetière Saint-Pierre, Marseille, 1927). Le musée des Arts Africains et Océaniens de Paris possèdent plusieurs œuvres de lui : Le Maréchal Joffre (statuette plâtre, 1916), Tanit Zerda (statue plâtre, 1920) et deux bustes du Général Leclerc (plâtre, 1947).

François Mourgues, Vers l’Infini, statue marbre, 1927
Tombe C. Ruffier des Aimes, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

dimanche 24 août 2008

Alexis Pigalio

Voilà longtemps que je ne vous ai pas livré de notice de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Alexis Pigalio, Mireille aux champs, statuette plâtre, 1889

Pigalio Alexis Baptistin (Marseille, 6 octobre 1860 – Marseille, 12 octobre 1895), sculpteur
Élève de Jouffroy, Hiolle et Falguière, il expose pour la première fois au Salon des Arts Décoratif de 1883 : François Boucher, bas-relief en terre cuite. Il fréquente par la suite le Salon des Artistes Français, de 1885 à 1894, année où il obtient une mention honorable (Au nom du père, bas-relief plâtre, musée des Beaux-Arts de Marseille). Il est l’auteur des sculptures religieuses (La Vierge et l’Enfant Jésus, 1892, bas-relief en faïence ; statues du clocher de l’église Saint-Barnabé à Marseille, 1895 ; chaire de l’église des Réformés, 1895) ou régionalistes (Mireille, 1889, statuette plâtre, maison Frédéric Mistral à Maillane). Il publie une autobiographie en langue provençale, Lei Memori d’un paste mortié, dans le journal Sartan. Il meurt des suites d’une longue maladie.


Alexis Pigalio, Thérèse Lacroix, statue marbre, 1893
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

jeudi 21 août 2008

La Paix, La Famille, La Mer (Félix Guis sculpteur)

Nouvelle notice extraite de l’exposition Tête à tête, lors des journées du patrimoine 2007 :

À la fin de la seconde Guerre mondiale, la reconstruction des logements devient l’une des priorités avec le ravitaillement et le rétablissement des infrastructures (routes, chemin de fer, usines…). Pour ce faire, l’État crée le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Dès 1945-1946, le M.R.U. initie et supervise directement trois grands chantiers marseillais : l’Unité d’habitation de Marseille construite par Le Corbusier (1887-1965), le quartier du Vieux-Port et un ensemble de logements à Saint-Just. Parallèlement, il subventionne une opération immobilière engagée par la Ville : le groupe d'habitations à bon marché Saint-Charles (ancêtres des H.L.M.). Sa construction est confiée à l’ingénieur-architecte Ange Ito Marcuccini : quatre grands immeubles identiques sont reliés, côté rue, par des bâtiments bas sur une longue galerie ; un cinquième, situé orthogonalement et traité en barre, complète l'ensemble.




F. Guis, La Paix, La Famille et La Mer, bas-reliefs, 1952
Groupe HLM Saint-Charles, dit Racati, 3e arrondissement

À l'image des grandes réalisations, le groupe Saint-Charles bénéficie d'une architecture soignée : disposition du plan masse, qualité des matériaux, étagement des volumes et façades monumentales. En effet, la travée des portes d'entrée est traitée comme un avant-corps, dans une couleur différente, de lames blanches montantes formant claustras ; cet avant-corps se termine par une sorte de fronton rectangulaire adossé à une pergola et comportant un grand motif décoratif. On en trouve quatre différents, dont trois figurés : le premier où une colombe tenant une branche d’olivier dans son bec surplombe le profil renversé en arrière de Marianne – le rameau d’olivier enroulé sur le voile qui couvre sa chevelure évoque la cocarde d’un bonnet phrygien – proclame la Paix retrouvée sur le sol français. Le deuxième – une mère et ses deux enfants (une fillette et un garçonnet ?) rassemblés dans les plis d'une longue écharpe – représente la Famille : la France doit maintenant se repeupler ! Le dernier symbolise la Mer – et par-delà la prospérité qui en découle – à travers un profil masculin hiératique, à la chevelure ondoyante coiffée d'algues, et accompagné d'un rouget grondin, poisson emblématique de la Méditerranée. Ces figures, très stylisées, se détachent sur un fond cannelé ; voile, écharpe mouvante et queue du poisson forment une sorte de clé pour le linteau des claustras ; conçues en béton ou en ciment moulés, elles sont rapportées sur la façade comme le montrent les corbeaux et les tirants métalliques.
Au demeurant, le sculpteur Félix Guis est également l'auteur des deux grandes compositions, un peu naïves, à la gloire de l'automobile pétaradante (façade du garage Devoulx, 21 rue Terrusse).

jeudi 14 août 2008

La sculpture décorative du second Après-guerre

Je vous livre aujourd'hui l'introduction de la partie "Après-guerre" de l'exposition photographique Tête à tête, portraits de façades marseillaises qui s'est tenue à la préfecture des Bouches-du-Rhône lors des Journées du Patrimoine 2007 :

À Marseille, la destruction des quartiers de la rive nord du Vieux-Port en 1943 et les bombardements alliés l’année suivante imposent, dès la fin du conflit mondial, une politique immobilière de grande ampleur sous l’égide du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU). Les besoins étant immenses, l’immédiat après-guerre innove en créant d’imposants ensembles d’habitations à bon marché. Pour autant, l’esthétique n’est pas négligée et les architectes les plus renommés (Auguste Perret, 1874-1954 ; Le Corbusier, 1887-1965) côtoient les meilleurs bâtisseurs locaux (Gaston Castel, 1886-1971).
Dans ce contexte privilégiant un habitat de masse, la sculpture tend à devenir marginale. Elle investit par exemple quelques immeubles de Castel en bordure de la mairie, célébrant les origines grecques de la ville. Une œuvre – une empreinte plutôt qu’un relief – se démarque cependant et acquiert une notoriété internationale : le Modulor, figure masculine dont le rapport taille/hauteur du nombril équivaut au nombre d’or. Mis au point par Le Corbusier en 1943 et expérimenté pour la première fois à la Cité radieuse, il s’agit d’un système basé sur les proportions du corps humain, déterminant ainsi les dimensions de tout espace destiné à l’homme.

Le Corbusier, Le Modulor, Cité Radieuse, 1952, 8e arrondissement

À propos d’échelle, celle des nouvelles unités d’habitations s’avère sans commune mesure avec les immeubles de la IIIe République. De fait, le petit motif de la tête décorative disparaît : d’une part, son format ne convient pas à la monumentalité de l’architecture ; d’autre part, la présence d’un portrait de propriétaire n’a plus lieu d’être. Une exception confirme la règle : le sculpteur Guis réalise en série des têtes colossales pour le groupe HLM Saint-Charles.
La tête décorative ou commémorative apparaît alors comme une survivance des époques précédentes. Mais bientôt les figures monumentales vont elles aussi s’éclipser définitivement des façades : en effet, à partir des années 1960 débute le rapatriement des Français d’Algérie ; dès lors, les barres d’habitations – à la Madrague et à Montredon pour commencer – s’élèvent dans l’urgence. La sculpture ornementale n’est donc plus à l’ordre du jour.

vendredi 18 juillet 2008

Jeu de Sirènes (Gaston Cadenat sculpteur)

Nouvelle notice issue de l’exposition Figures en façades, présentée lors de l’exposition photographique qui eut lieu à la Préfecture des Bouches-du-Rhône pour les Journées du Patrimoine en septembre 2005 :
Gaston Cadenat, Jeu de Sirènes, bas-relief, 1954
50, rue de Rome, 6e arrondissement
Cet immeuble, commandé par l’Association Syndicale de Marseille Centre-Ville, est édifié en 1954 par Charles Lestrade (actif à Marseille de 1946 à 1974). Pareillement à beaucoup d’autres, il abrite des commerces au rez-de-chaussée, notamment un bureau de poste implanté dès mars 1956, et des logements dans les étages. En fait, seul un bas-relief inattendu rompt son apparence banale. Il est inséré dans un mur en béton, au niveau des deux premiers étages, quasiment à l’angle des rues de Rome et Davso, sans le moindre rôle architectonique.
L’auteur de cette sculpture est Gaston Cadenat (1905-1966), un ancien élève d’Auguste Carli et de Paul Landowski. Il met en scène de manière sensuelle, presque érotique, les ébats de deux sirènes. Il réemploie ici des personnages marins familiers à Marseille mais leur ôte toute connotation mythologique. Le sujet sert simplement de prétexte à une œuvre plastique jouant sur les courbes et les arabesques. Dès lors, le bas-relief, à la fois privé de fonction et de sens, n’est plus guère qu’une œuvre d’art accrochée à un mur… par exemple la version minérale des gouaches découpées d’Henri Matisse (années 1950), assez proche par certains aspects stylistiques.
Les Sirènes de Gaston Cadenat marquent ainsi la fin du décor monumental dans l’architecture privée marseillaise. Cela est d’autant plus vrai qu’a partir des années 1960 débute le rapatriement des Français d’Algérie ; dès lors, des barres d’habitation – à la Madrague et à Montredon pour commencer – s’élèvent dans l’urgence. La sculpture décorative n’est plus à l’ordre du jour.

mardi 15 juillet 2008

Amphitrite (sculpteur inconnu)

Nouvelle notice issue de l’exposition Figures en façades, présentée lors de l’exposition photographique qui eut lieu à la Préfecture des Bouches-du-Rhône pour les Journées du Patrimoine en septembre 2005 :


Phocée renaissante à Amphitrite éternelle confiera son destin, bas-relief, vers 1952-1955
Mur pignon, angle de la rue Caisserie et de l’avenue de Saint-Jean, 2e arrondissement

La rue Caisserie et l’avenue de Saint-Jean se rejoignent en formant un angle aigu et, par conséquent, une parcelle triangulaire. La pointe de ce triangle accueille le mur pignon d’un immeuble dont les façades principales se développent le long des deux artères sécantes. Délaissant une longue tradition de sculpture ornementale qui investit des espaces définis (dessus-de-porte, soutènement des balcons, frontons), le décor fait ici une curieuse incursion – qui plus est décentrée – au cœur de cette paroi quasi aveugle.
Le titre du bas-relief figure en toutes lettres sur la plinthe : Phocée renaissante à Amphitrite éternelle confiera son destin. Une nouvelle fois, le sujet renvoie au mythe fondateur de Marseille. La colonie phocéenne fondée par Protis, héritière d’une prospère cité d’Asie Mineure, se doit d’honorer l’épouse de Poséidon car, les Grecs de l’antiquité étant avant tout un peuple de marins, la déesse de la mer influe fortement sur leur bonne ou mauvaise fortune. Cependant, là encore, le message accepte une lecture plus contemporaine : le renouveau de la ville, meurtrie par la guerre, dépend comme par le passé de son activité portuaire. Un lien immémorial unit Marseille à la Méditerranée : de la mer vient sa richesse.
Toutefois, l’iconographie ne traduit pas la légende littéralement. La sculpture présente un seul personnage féminin, agenouillé sur les flots et brandissant un trident vers l’avant, tandis que derrière un dauphin stylisé bondit dans les vagues. Tous les attributs correspondent à ceux d’Amphitrite ; mais alors qu’en est-il de Phocée renaissante ? Sans doute l’allégorie s’est-elle incarnée dans la divinité, comme pour s’approprier son éternité. Et, déjà semble-t-il, elle s’apprête à se redresser, prête à prospérer de nouveau.