dimanche 15 avril 2018

Le Salon en cartes postales : Berthe Girardet - 1

La carte postale, inventée à la fin du XIXe siècle, devient très rapidement un média promotionnel pour les artistes. Nombre d’entre eux font reproduire, entre 1900 et 1920, les œuvres peintes ou sculptées qu’ils exposent au Salon des artistes français. De fait, grâce aux cartes postales, il est possible de mettre un visuel sur une œuvre que l’on ne connaîtrait sinon que par un intitulé. Le sculpteur marseillais le plus assidu dans ce domaine est une femme : Berthe Girardet (1861-1948).

Salon de 1903 – Donnez-nous aujourd’hui
notre pain quotidien (groupe plâtre, n°2803)
La version marbre paraît quant à elle au Salon de 1913 (n°3535)

Salon de 1905 – La Vierge et l’Enfant (groupe marbre, n°3166)
« Et Marie conservait et repassait toutes ces choses dans son cœur. » (Saint Luc, II, verset 19)

Salon de 1906 – La tourmente (groupe pierre, n°3138)
« Avec ta rage aveugle et ton flot bondissant
En as-tu fait assez couler des pleurs de sang ! »
Le modèle plâtre avait été présenté au Salon de 1904 (n°2927)

Salon de 1906 – La mauvaise conseillère (groupe plâtre, n°3139)
« Tout est perdu ! L’enfant travaille et lutte encore ;
Elle est honnête ; mais elle a, quand elle veille,
La Misère, démon qui lui parle à l’oreille. » (Victor Hugo)
La version marbre paraît quant à elle au Salon de 1907 (n°2892)

Salon de 1907 – Le virage (groupe plâtre teinté, n°2893)

Salon de 1908 – La maternelle (groupe plâtre, n°3174)

Salon de 1908 – Le réveil de l’enfant (groupe pierre, n°3175)
Le modèle plâtre avait été présenté au Salon de 1905 (n°3167)

lundi 2 avril 2018

Sainte Marthe (Émilien Cabuchet sculpteur)

En 1875, à l’instar de six autres confrères, le sculpteur Émilien Cabuchet (Bourg-en-Bresse, Ain, 16 août 1819 – Bourg-en-Bresse, 24 février 1902) reçoit commande, moyennant 5000 francs, d’une statue en pierre de Calissane, haute de 2,90 mètres, pour orner la façade de la Major, nouvelle cathédrale de Marseille. Ce spécialiste d’art religieux obtient la réalisation de Sainte Marthe, sise à l’extrême droite de la galerie des saints de la Provence. 
Au printemps 1876, il expose au Salon des artistes français le modèle en plâtre, demi-grandeur, de sa figure (n°3116). Sœur de Marie-Madeleine, Sainte Marthe est représentée portant un bénitier de la main gauche et tenant un goupillon dans sa main droite. À ses pieds se trouve la Tarasque, monstre qui terrorisait les abords du Rhône aux environs de Tarascon ; la jeune femme l’a domptée en l’aspergeant d’eau bénite et l’a enchaînée pour la livrer à la vindicte des villageois.

Émilien Cabuchet, Sainte Marthe, pierre, 1876
Cathédrale de la Major, 2e arrondissement

Sainte Marthe d’après Émilien Cabuchet, gravure
La Provence artistique & pittoresque, 2 juillet 1882

Deux ans plus tard, le sculpteur reprend son motif pour en tirer une réduction en bronze. La statuette, haute de 30 centimètres pour un diamètre de 10 centimètres, est signée et datée derrière la sainte, sous la tarasque E. Cabuchet / 1878. Un exemplaire en bronze doré est alors exposé au Salon des artistes français de 1879 (n°4838) ; accidenté pendant la manifestation, l’artiste reçoit de l’administration des Beaux-Arts une indemnité de 100 francs pour couvrir le préjudice (Archives nationales F/21/4295/B).
Aujourd’hui, deux autres exemplaires sont proposés à la vente sur Ebay, le premier à patine médaille au prix de 899 €, le second à patine argentée et dorée au prix de 800 €.

Émilien Cabuchet, Sainte Marthe
Bronze à patine médaille, 1878

Émilien Cabuchet, Sainte Marthe
Bronze à patine argentée et dorée, 1878

jeudi 22 mars 2018

Yvonne Vézien

Le sculpteur marseillais Élie-Jean Vézien (1890-1982) participe au premier conflit mondial : il est mobilisé dès le 2 août 1914 ; le 21 mars 1916, il est blessé et fait prisonnier à Verdun. Libéré en octobre 1919, il reprend avec fougue ses études à l’École nationale supérieure des beaux-arts, à Paris. Alors que le concours du prix de Rome est limité aux élèves âgés de moins de 30 ans, il bénéficie d’une note indiquant que tous les étudiants ayant été mobilisés auraient droit à une prolongation de 4 années. De fait, à l’été 1921, à tout juste 31 ans, il remporte le 1er grand prix de Rome sur un sujet imposé, Les Fiançailles.

Élie-Jean Vézien, Les Fiançailles, plâtre, 1921
École nationale supérieure des beaux-arts, Paris
Photo ancienne, collection personnelle

Selon le règlement[1], le concours n’est ouvert qu’aux artistes célibataires. Cependant, le sujet est prémonitoire : Vézien, en route pour l’Italie et la Villa Médicis, épouse sa compagne Yvonne, à Marseille le 9 novembre 1921. Le suit-elle à Rome ? Fait-elle des allers-retours réguliers ? Quoi qu’il en soit, Yvonne Vézien est portraiturée à Rome par un peintre français, Maurice Bergès, en 1925. Cette grande huile sur toile (116 x 89 cm) passe lundi prochain, 26 mars, en vente publique à l’hôtel Drouot (étude L’Huillier & Associés, lot 226) ; elle est estimée 1200 / 1300 €.

Maurice Bergès, Yvonne Vézien, 1925
Recto et verso

Dans le même temps sans doute, le sculpteur exécute un buste en marbre de sa jeune épouse. On y reconnait sa chevelure courte et ondulée, coiffée à la garçonne, caractéristique des années folles.

Élie-Jean Vézien, Yvonne Vézien, vers 1925
Non localisée – photo ancienne, collection personnelle

Addenda du 27 mars 2018 : Le portrait d’Yvonne Vézien par Maurice Bergès s’est vendu 1000 euros hier à Drouot.


[1] L’Académie des beaux-arts ne voulait pas entretenir, en plus du lauréat, sa femme et ses enfants ; cependant, le règlement était régulièrement contourné, par une vie en concubinage et une progéniture née hors mariage.

vendredi 9 mars 2018

Monument à l’abbé Dassy (Alexandre Falguière sculpteur)

Depuis plusieurs années, on trouve sur Ebay une étude du sculpteur toulousain Alexandre Falguière (1831-1900) pour le Monument à l’abbé Louis Dassy. Il s’agit d’un grand dessin (90 x 65 cm) à l’encre, au crayon et à la craie sur papier dans un cadre de bois doré. Il est signé en bas à droite A. Falguière. Le vendeur en demande un prix déraisonnable (1 450 €) : en dépit de son format, le sujet est peu vendeur et surtout le papier couvert de taches d’humidité. Il reste néanmoins un intéressant témoignage de la genèse de ce monument.

Alexandre Falguière, Monument à l’abbé Dassy
Dessin, vers 1890-1891 
Ensemble et détails

Finalement, le groupe sculpté diffère du dessin. Les deux enfants aveugles sont regroupés à la droite du religieux qui désormais est debout. Quant à la fillette lisant en braille, elle apparaît maintenant de face au lieu de profil. Il est inauguré le 12 juin 1892 dans le jardin de la colline Puget, devant l’Institut des Jeunes Aveugles et des Sourds-Muets.

Alexandre Falguière, Monument à l’abbé Dassy
Groupe en marbre, 1892, carte postale
Colline Puget, 6e arrondissement

Sinon, concernant l’abbé Dassy, je renvoie à ma notice du 25 mars 2008.

jeudi 1 mars 2018

Charlemagne-Émile de Maupas (Eugène Lequesne sculpteur)


Samedi 10 mars, l’hôtel des ventes de Troyes propose aux enchères (lot 24) un buste en marbre blanc haut de 79 cm, estimé 3 000 à 4 000 €. Il est signé d’Eugène Lequesne (1815-1887) et daté de 1874. Il représente le sénateur de l’Aube Charlemagne-Émile de Maupas (1818-1888) qui administra le département des Bouches-du-Rhône d’octobre 1860 à décembre 1866.

Eugène Lequesne, Charlemagne-Émile de Maupas, marbre, 1874

J’ai eu l’occasion de parler de ce buste dans la communication que j’ai donnée aux Archives nationales le 3 décembre 2013, à l’occasion d’une journée d’étude (cf. notice du 1er décembre 2013) : « Le grand œuvre architectural de Maupas : la préfecture des Bouches-du-Rhône », publié en 2015 dans la revue Histoire, économie & société, 2/2015, Maupas : un préfet en politique, de la Monarchie de Juillet au Second Empire, p.88-101.

[p.94] L’administrateur des Bouches-du-Rhône souhaite marquer le bâtiment de son image. Aussi la cheminée de sa chambre de fonction s’orne-t-elle de son profil en [p.95] médaillon. Ce mobilier, imposé à tous ses successeurs, est exécutée d’après un dessin de l’architecte François-Joseph Nolau (1804-1883) par le marbrier Jules Cantini (1826-1916) en juillet 1865, moyennant 864,86 francs[1] .

Atelier Jules Cantini, Charlemagne-Émile de Maupas
Médaillon, marbre, linteau de cheminée, 1865
Préfecture des Bouches-du-Rhône, 6e arrondissement

Un autre portrait – un buste en marbre taillé par Eugène Lequesne – est également commandé pour la Préfecture, le 5 novembre 1864, moyennant 4 000 francs. Réceptionné le 22 décembre 1866[2] à quelques jours de la révocation de Maupas, il semble que le sénateur soit parti avec de manière indélicate : le buste semble disparaître de la Préfecture avant 1870. Or, Maupas apprécie particulièrement le talent de Lequesne puisqu’il lui commande un second portrait, exposé au Salon des artistes français de 1874 (n°3000) et à l’Exposition universelle de 1900 (exposition rétrospective de la Préfecture de Police).

Eugène Lequesne, Charlemagne-Émile de Maupas, marbre, 1874


[1] AD Bouches-du-Rhône 4 N 52, dossier Cantini : Procès-verbal de réception des cheminées du rez-de-chaussée, juillet 1865.
[2] AD Bouches-du-Rhône 4 N 49 : Procès-verbal de réception d’un buste en marbre confié à M. Lequesne, 22 décembre 1866.

jeudi 15 février 2018

Le maréchal Joseph Joffre

Je profite d’être encore dans les commémorations du centenaire de 14-18 pour m’intéresser à l’un des chefs d’état-major de la Grande Guerre : le général – maréchal à partir de 1916 – Joseph Joffre (1852-1931), controversé à cause de sa stratégie d’offensive à outrance extrêmement coûteuse en vies humaines pour une reconquête territoriale médiocre. Malgré la polémique, comme le dit alors le général Philippe Pétain (1856-1951), « Que cela plaise ou non, Joffre est à jamais le vainqueur de la Marne. » En effet, sous son commandement, les alliés stoppent la progression allemande et stabilisent le front nord au début de la guerre.
Dans les pays alliés – Canada et États-Unis en tête – comme en France, il jouit d’une extrême popularité frôlant l’idolâtrie : des enfants sont prénommés Joffre ou Joffrette, des poèmes lui sont dédiés, des images d’Épinal le montrent en père protecteur de la République, des assiettes illustrées et des statuettes vantent sa gloire. C’est ainsi que quelques sculpteurs marseillais participent à cette « joffrolâtrie ».

Sous l’égide de la Victoire, notre Joffre
Carte postale

Paul Gondard, Le général Joffre, buste en plâtre, 1914
Actuellement en vente sur Ebay

Paul Gondard (1884-1953) réalise un petit buste d’édition en plâtre (H. 13 cm – L. 13 cm – P. 7 cm), très certainement d’après photo. Le général Joffre est coiffé d’un képi et vêtu d’une tenue militaire simple sur laquelle se détache une médaille (La grand-croix de la Légion d’honneur reçue le 11 juillet 1914 ?  La médaille militaire obtenue le 26 novembre 1914 ?). La date au dos (1914) désigne sans ambiguïté le héros de la Marne : au début de septembre 1914, les Allemands sont en Seine-et-Marne, menaçant Paris ; le fameux épisode des taxis de la Marne permet d’apporter sur le front des troupes fraîches et de repousser l’ennemi. Le 13 septembre, Joffre annonce la victoire au gouvernement : « Notre victoire s’affirme de plus en plus complète. Partout l’ennemi est en retraite. À notre gauche, nous avons franchi l’Aisne en aval de Soissons, gagnant ainsi plus de cent kilomètres en six jours de lutte. Nos armées au centre sont déjà au niveau de la Marne et nos armées de Lorraine et des Vosges arrivent à la frontière. »

Emprunt de la Libération – le maréchal Joffre

Adolphe Royan, Le maréchal Joffre, buste en plâtre, vers 1918
Carte postale

Adolphe Royan (1869-1925) propose pour sa part un buste plus monumental mais également inspiré par une photographie. Le maréchal porte le bicorne et son grand uniforme d’apparat placardé de médailles. L’œuvre date vraisemblablement des années 1916-1920, peut-être de 1918, date de l’armistice et de l’élection de Joffre à l’Académie française… hommage qui donnera naissance à l’expression « une élection de maréchal », c’est-à-dire non justifiée par les talents d’écrivain du postulant.

jeudi 1 février 2018

La Danse (Henri Varenne sculpteur)

Au printemps 1925, le sculpteur Henri Varenne (Chantilly, Oise, 1860 – Paris, 1933) expose dans la capitale, au Salon de la Société des artistes français, un bas-relief figurant La Danse destiné à l’opéra municipal de Marseille (n°1910).

Henri Varenne, La Danse, Salon de 1925
Carte postale

Formé à l’école supérieure des beaux-arts de Paris, Varenne mène une carrière de sculpteur académique sur de nombreux chantiers à Tours (basilique Saint-Martin, hôtel de ville, gare), à Paris (gare d’Orsay), à Aix-les-Bains (thermes)… Son talent lui obtient en 1900 la rosette de chevalier de la Légion d'honneur.
C’est donc un artiste bien installé lorsque l’architecte Gaston Castel (Pertuis, Vaucluse, 1886 – Marseille, 1971) l’appelle pour décorer l’opéra de Marseille qu’il reconstruit entre 1920 et 1924[1] : Varenne est alors le seul sculpteur non provençal sollicité avec Antoine Bourdelle (Montauban, Tarn-et-Garonne, 1861 – Le Vésinet, Yvelines, 1929). Malgré son âge, il fait totalement évoluer son style pour se fondre dans l’art déco triomphant du nouvel opéra : son bas-relief, destiné au décor de l’escalier droit, propose une procession de cinq corps féminins longilignes et stylisés ; l’énergie de la frise tient à la répétition rythmique des figures (la danseuse au tambourin, par exemple) avec de faibles variations dans la gestuelle et dans la coiffe.

Henri Varenne, La Danse, bas-relief, 1924
Escalier droit de l’opéra, rue Saint-Saëns, 1er arrondissement
© photo Emmanuel Laugier

Lors de la soirée inaugurale, le 3 décembre 1924, la presse vante dans la décoration la grande complémentarité des œuvres (architecture, peinture et sculpture). Puis, dans la foulée de l’inauguration, Varenne expose le modèle de La Danse au Salon (Grand Palais) alors que, dans le même temps, l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes (esplanade des Invalides) consacre le style art déco.



[1] Un incendie accidentel avait ravagé l’opéra – ou grand théâtre – de Marseille, le 13 novembre 1919, à l’issue d’une répétition de L’Africaine de Giacomo Meyerbeer.